Un médecin psychiatre soigne avec la méditation

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À l’hôpital de Nancy, le Dr Bourgognon fait méditer ses patients. Un parcours de soin qui n’a rien à voir avec un gadget de bobo, un truc de secte ou une pratique réservée aux bouddhistes. Méditer, c’est apprendre à orienter et stabiliser son attention hors de toute philosophie ou croyance. Rencontre avec le Dr François Bourgognon qui a fait entrer avec succès, il y a un an, la méditation au Centre psychothérapique de Nancy.

Quels sont les liens entre méditation et psychothérapie ?

 

« La méditation de pleine conscience (mindfulness en anglais) est une approche qui a été introduite au sein de la médecine occidentale dans les années 1980. À l’origine, Jon Kabat-Zinn, professeur de médecine américain, a fondé sa clinique de réduction du stress au sein de l’hôpital universitaire du Massachusetts. C’est là qu’il a développé son programme MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction) basé sur la pleine conscience pour aider ses patients à gérer le stress et les douleurs chroniques. La méditation de pleine conscience signifie s’entraîner à diriger son attention sur le moment présent. Il s’agit d’être présent à ce qui est là en s’efforçant de ne pas y réagir et simplement de l’observer et de le ressentir. En trois mots et pour faire appel à la concision du vocabulaire anglo-saxon : stop, breathe and be (arrête, respire, sois).

Aujourd’hui, dans les pays anglo-saxons, elle occupe une place reconnue. Depuis presque 10 ans, le NICE (National Institute for Health and Clinical), l’organisme responsable de l’établissement des standards cliniques du système de santé britannique, préconise la méditation dans la prévention des rechutes dépressives. Malheureusement, dans le domaine médical français, la pratique de la méditation reste encore confidentielle. Et pourtant, il existe des milliers d’études qui démontrent que la méditation a un intérêt dans un grand nombre de pathologies, émotionnelles et psychiatriques.

Exergue : En 2015, une grande étude scientifique (Kuyken et coll.), publiée dans le prestigieux journal The Lancet, a une nouvelle fois confirmé que la méditation était aussi efficace qu’un traitement médicamenteux dans la prévention de la rechute dépressive. Cela me paraît indispensable que le psychiatre et le médecin en général soient au moins renseignés sur cette approche. »

 

Comment soignez-vous vos patients avec la méditation ?

« À l’hôpital de Nancy, nous avons organisé des groupes de méditation tels qu’ils sont validés par la littérature scientifique. Nous suivons une thérapie basée sur la pleine conscience en suivant le programme MBCT (Mindfluness Based Cognitive Therapie) qui associe pleine conscience et thérapie cognitive. Cette version, inspirée du programme de Jon Kabat-Zinn contre le stress, a été développée par Zindel Segal, John Teasdale et Mark Williams dans le but de prévenir les rechutes dépressives chez les personnes en rémission.

Le programme s’articule autour de 8 séances, réparties sur deux mois. Je conduis la séance qui dure environ 2 heures avec une vingtaine de patients. Durant chaque séance, on fait des exercices, on discute de thématiques. Le patient repart avec des documents de synthèse pour une pratique quotidienne de 45 minutes par jour jusqu’à la prochaine séance. À la fin du traitement, nous demandons au patient d’essayer d’avoir des temps de méditation formelle chaque semaine.

 

Accueillez-vous uniquement des patients dépressifs ?

« Non, les études scientifiques ont montré que la méditation de pleine conscience pouvait être diffusée pour beaucoup d’autres indications : les cas d’impulsivité, d’anxiété, de compulsion alimentaire. »

 

Pourquoi entend-on dire que la méditation peut rendre malade ?

« Pour répondre à l’engouement du grand public, beaucoup de gens, qui ne sont pas des soignants, se sont formés à la méditation. Mais cela peut poser un problème car la méditation peut faire des dégâts si elle n’est pas bien menée auprès de gens qui souhaitent la pratiquer pour se soigner. Beaucoup de personnes viennent à la méditation avec l’idée qu’ils vont pouvoir arrêter tous leurs médicaments. Mais la méditation n’est pas une panacée universelle. La méditation ne peut pas être prescrite, par exemple, à des patients en phase aiguë d’une pathologie (crise d’angoisse trop forte, trouble délirant, etc.). Cela peut les mettre encore plus en difficulté, dans une situation d’échec, car ils ne disposent pas des ressources attentionnelles nécessaires pour pouvoir méditer. Cela peut aussi les exposer à des émotions qu’ils ne savent pas gérer. Aujourd’hui, il y a malheureusement une grande carence au niveau des formations proposées aux professionnels de santé alors que la demande est forte. »

 

Vous avez pu mesurer concrètement les effets dans votre pratique médicale ?

« Bien sûr. Si je n’étais pas convaincu par cette approche en voyant ses bénéfices sur mes patients, je ne mettrais pas tant d’énergie dans sa diffusion. Quand j’ai commencé à méditer, j’ai tout de suite vu à quel point cela pouvait être révolutionnaire dans la façon d’appréhender l’expérience humaine et dans la façon de se positionner devant la souffrance humaine.

La principale limite réside dans l’effort exigé des gens qui participent à un groupe. C’est comme la pratique du sport. Un cardiologue peut conseiller à son patient, pour faire baisser sa tension artérielle, de faire un footing toutes les semaines. Mais on se rend compte que beaucoup ne le font pas et préfèrent prendre un médicament. Pour la méditation, c’est un peu la même logique. Souvent les gens ont l’impression qu’ils vont faire quelque chose de l’ordre de la relaxation ou de la détente alors que cela implique un travail de l’attention, cela demande de s’engager activement. Quand un patient est d’accord pour fournir cet effort, la méditation peut changer sa vie. »

 

Les scientifiques ont également étudié les effets physiques de la méditation sur le cerveau. Pouvez-vous nous en parler ?

« Les neuroscientifiques ont montré que, comme un muscle, la façon dont on utilise son cerveau modifie la façon dont il fonctionne. La méditation entraîne ce phénomène de neuroplasticité : on a observé des modifications de fonctionnement dans des régions du cerveau qui sont impliquées dans la régulation de l’attention et stress, la mémoire, les émotions, la conscience de soi et l’empathie.

D’un point de vue purement psychologique, le mécanisme central mène à reconnaître, identifier et mettre à distance des éléments de notre expérience. Il y a une différence entre ce qui se passe et la façon dont notre esprit le commente, entre rater quelque chose et être nul. Souvent on confond la réalité avec nos pensées réflexes. En méditant, on s’entraîne à mettre nos pensées à leur place. C’est un apport précieux car plutôt que des réactions réflexes qui se retournent souvent contre nous, cette mise à distance nous permet de faire un pas de côté, et de nous positionner de façon plus habile en entraînant des capacités de reconnaissance, d’acceptation et de distanciation. »

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