La méditation de pleine conscience pour les infirmières

Par Guillaume Kac – 16 avril 2021

Deux infirmières pratiquant la méditation de pleine conscience, mettant en évidence l'utilisation de cette pratique bénéfique dans le cadre professionnel des soins infirmiers.

Elle fait beaucoup parler d’elle depuis quelques années, mais la méditation pleine conscience n’est pas une invention récente. Issue des méditations pra­tiquées depuis des millénaires par les boud­dhistes, elle a été formalisée dans les années 1970 par le biologiste américain Jon Kabat-Zinn, qui, le premier, s’est proposé de l’inclure dans le champ médical comme outil de gestion du stress. Avant qu’elle ne gagne la France, popularisée notamment par le psychiatre Christophe André. Le principe ? « Vivre pleinement l’instant, plus intensément, en résonance avec l’Univers tout entier », définit Stella Choque, ancienne cadre de santé, formatrice en méditation. Concrètement, il s’agit, grâce à une pratique quotidienne, d’appren­dre à mieux s’écouter et prendre soin de soi. Une mise en condition indispensable si l’on veut s’occu­per convenablement des autres. Cette activité est particulièrement adaptée au quotidien des soignants car, une fois qu’on la maîtrise, elle ne demande que quelques minutes par jour. On peut, par exemple, profiter de ses trajets pour se livrer à la marche méditative, en veillant à ressentir profondément toutes ses sensations corporelles – ses pas sur le sol, le vent qui caresse son visage… « On peut aussi pratiquer sur son lieu de travail, en prenant quelques minutes pour se concentrer sur son corps, sa respiration, indique Corin­ne Isnard Bagnis, néphrologue à la Pitié-Salpê­trière (AP-HP) et enseignante au sein du programme du diplôme universitaire (DU) Relation de soin et gestion du stress (Sorbonne Université, Paris). L’essentiel est d’interrompre le cycle de la journée pour se reconnecter à ses sensations. On peut profiter du temps du lavage des mains, par exemple. »

En prévention du burn-out

Pour les soignants, les bénéfices potentiels sont multiples. D’abord, c’est un bon moyen de sortir du mode « pilote automatique » qui s’enclen­che dès lors que le travail est intense – des études ont prouvé que la méditation avait des effets béné­fiques sur le ressenti en fin de journée. « Cela permet aussi de prendre conscience des peti­tes douleurs et fatigues qu’on ne s’autorise pas à ressentir d’habi­tude, quand on est très investi dans son acti­vité », souligne la néphrologue. Et donc, d’agir avant que ces maux ne s’aggravent. Médi­ter permet d’apprendre, entre autres, à repé­rer un début de stress, qui peut se manifester par une légère tension dans les épaules. Cela évite de se laisser envahir par des émotions négatives. C’est donc un outil efficace dans la prévention de l’épuisement. Les soignants formés à cette ­pratique ­remarquent par ailleurs une amélioration de leur capacité à se concentrer. En effet, l’esprit a tendance à vaga­bonder, y compris lorsqu’on accom­plit une tâche qui demande de la précision. En prendre conscience grâce à la médi­tation aide à ramener son attention à ce que l’on fait, et ­réduit ainsi le risque d’erreur et de biais cognitif. « Tenir un raison­nement médical reposant strictement sur les faits devient plus facile, assure Corinne Isnard ­Bagnis. On parvient à prendre du recul et à moins se fier à des présupposés ou à des jugements. »

Une meilleure relation soignant/soigné

Enfin, la méditation permet d’améliorer la relation avec les patients grâce à une meilleure écoute. « Elle nous apprend à décoder le langage non-verbal en nous libérant de nos pensées parasites, explique Stella Choque. On est alors plus disponible pour la personne soignée. Je l’ai constaté lorsque j’étais infir­mière de nuit : on est plus attentif au rythme du scope ou au changement de regard d’un patient en psychiatrie, un signe qu’il est important de repérer. » Cette attention à l’autre est primordiale, notamment lorsqu’on doit effectuer un soin douloureux : le patient n’exprimera pas forcément son ressenti mais le laissera transparaître par des signes en apparence anodins. Prendre une grande respiration avant d’entrer dans la chambre, se préparer à vivre cette rencontre en ayant conscience que le patient est la personne la plus importante en cet instant, est la première étape vers une meilleure relation de soin. Et cela aide les soignants travaillant dans des milieux difficiles, comme en psychiatrie ou en prison, à se libérer de leurs peurs, à se sentir mieux armés pour affronter une situation potentiellement violente.

Une démarche volontaire

Pour toutes ces raisons, la méditation pleine conscience a la cote à l’hôpital, où de plus en plus de services cherchent à former leurs personnels. Et ce, malgré les réticences initiales du corps médi­cal, qui a longtemps considéré ses adeptes comme des illuminés. « Aujourd’hui, la tendance s’est inversée, les établissements veulent absolument améliorer la qualité de vie au travail par ce moyen, mais c’est à double tranchant, estime Corin­ne ­Isnard Bagnis. Car ils comptent parfois sur la ­méditation pour régler des problèmes de mana­gement, or, ce n’est pas la solution miracle à tous les problèmes, notamment ceux de sous-effectifs. » Par ailleurs, la méditation n’est pas adaptée à tous. Avant de se lancer, il faut vérifier qu’il n’y a pas de contre-indi­cation, comme une dépression qui doit faire l’objet d’un traitement spécifique. « La méditation pratiquée à tort et à travers peut, dans certains cas, être déclencheur de l’événement délirant », avertit Stella Choque, qui insiste sur l’importance d’un temps d’échange préalable avec le formateur. Enfin, la démarche doit être personnelle est non imposée : ce n’est pas parce qu’on ressent soi-même les bienfaits de la méditation qu’il faut convertir tout son service. « Nous sommes encore dans une période où ses bénéfices doivent être évalués, explique Corinne Isnard Bagnis. Car s’ils sont bien documentés, sur le stress ou les troubles du sommeil, par exemple, dans d’autres domaines, il faudrait mettre en place des process d’évaluation afin de faire avancer la recherche clinique. »

Source 

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